Haïti a l’un des taux de mortalité par COVID-19 les plus bas du monde.

AUTEUR

JASON BEAUBIEN

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POSTÉ LE

6 mai 2021

SOURCE

NPR

À la fin du mois d’avril, seuls 254 décès ont été attribués au COVID-19 en Haïti pendant toute la durée de la pandémie. La nation des Caraïbes, qui lutte souvent contre les maladies infectieuses, a un taux de mortalité lié au COVID-19 de seulement 22 par million. Aux États-Unis, le taux de mortalité lié au COVID-19 est de 1 800 par million d’habitants, et dans certaines parties de l’Europe, le taux de mortalité approche les 3 000 décès par million d’habitants.

Le succès d’Haïti n’est pas dû à une intervention innovante contre le virus. La plupart des gens ont renoncé à porter des masques en public. Les bus et les marchés sont bondés. Et Haïti n’a pas encore administré un seul vaccin contre le COVID-19.

Selon le Dr Jean « Bill » Pape, une combinaison de facteurs a permis de maintenir un taux de mortalité aussi bas.

Le Dr Pape a joué un rôle similaire à celui du Dr Anthony Fauci aux États-Unis. Ce médecin haïtien de 74 ans a été coprésident d’une commission nationale chargée de la lutte contre le COVID-19 en Haïti, dirigeant les efforts du pays pour faire face à la crise. Mais la commission a été dissoute plus tôt cette année.

« La raison principale est que nous avons très, très peu de cas de COVID », explique Pape. L’agence de santé locale dirigée par Pape, connue sous le nom de GHESKIO, a en fait fermé ses unités COVID-19 l’automne dernier en raison du manque de patients.

En juin dernier, ce pays de 11 millions d’habitants a été frappé par une importante vague d’infections. Des salles d’hôpital remplies de patients sous COVID-19. À l’époque, le pays ne disposait que de deux centres de dépistage du virus, de sorte que le nombre réel d’infections est inconnu. Aujourd’hui, les tests sont beaucoup plus disponibles, mais Pape affirme que très peu de cas sont détectés chaque jour.

« Parfois c’est deux, parfois zéro, parfois c’est 20 cas », dit-il. « Mais nous n’assistons pas à une deuxième vague, comme nous avions pensé qu’elle se produirait ».

Pape dit que le pays est à peu près revenu au mode de vie d’avant la pandémie. Les écoles sont ouvertes. Des milliers de personnes se sont pressées à Port-de-Paix, sur la côte nord, pour le carnaval en février.

« La plupart des gens ne portent pas de masque », dit-il.

Non seulement les marchés extérieurs ont rouvert, mais ils n’ont jamais été complètement fermés.

Se réfugier sur place et travailler à domicile sont des luxes que la plupart des Haïtiens ne peuvent se permettre. En tant que pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental, les Haïtiens gagnent en moyenne moins de 2 000 dollars par an selon les Nations unies.

« Parce que s’ils ne travaillent pas, ils ne mangent pas, leur famille ne mange pas », dit-il.

L’inquiétude face à la pandémie est si faible qu’en avril dernier, lorsque le programme COVAX de l’Organisation mondiale de la santé a offert à Haïti une cargaison de vaccins COVID-19 d’AstraZeneca, le gouvernement l’a refusée.

Le docteur Jacqueline Gautier fait partie du groupe consultatif technique national sur la vaccination COVID-19.

Selon elle, les Haïtiens ordinaires et les membres de la communauté médicale ont entendu parler d’effets secondaires rares mais graves du vaccin AstraZeneca en Europe, et ils ne sont pas pressés de se faire vacciner.

« Parce que le COVID n’a pas eu un impact aussi important sur nous, dit-elle, les gens ne pensent pas que le vaccin en vaille la peine. »

Gautier est également directrice de l’hôpital pédiatrique Saint Damien, dans la banlieue de Port-au-Prince.

La pandémie a peut-être eu moins d’impact en Haïti, dit-elle, car c’est un pays jeune. L’âge moyen est de 23 ans. Les infections au COVID-19 ont tendance à être moins graves chez les jeunes. Il est également possible, dit-elle, qu’un nombre important de personnes aient été infectées par le virus l’été dernier, qu’elles n’aient présenté aucun symptôme et qu’elles aient acquis une immunité. De plus, les maisons sont généralement ouvertes et bien ventilées, ce qui permet à la circulation de l’air d’éliminer l’agent pathogène.

Quelle que soit la raison, dit-elle, le COVID-19 n’est pas devenu une préoccupation quotidienne pour la plupart des Haïtiens.

« Il y a aussi beaucoup d’autres problèmes majeurs auxquels le pays est confronté », dit-elle. « Les gens ne voient donc pas le COVID comme notre problème majeur. Et qui peut les en blâmer ? »

Les problèmes quotidiens auxquels Haïti est confronté sont nombreux. Il y a la pauvreté, l’instabilité politique, les fluctuations sauvages de la valeur de la monnaie locale, la corruption, les gangs armés. La diarrhée reste une des principales causes de mortalité des enfants.

« Et les enlèvements ! » s’exclame Gautier. « Ils posent vraiment un énorme problème pour le pays ».

Gautier était donc à peu près sûre qu’Haïti avait esquivé la balle du COVID-19.

Puis elle a vu la vague catastrophique de COVID-19 en Inde, après une période où le pays semblait avoir été épargné par le pire du virus. Aujourd’hui, elle craint qu’une vague mortelle ne se produise également en Haïti.

« Nous ne savons pas », dit-elle. « Cette maladie est pleine de surprises ».